mercredi 13 janvier 2016

Les chatouilles - sans voix

L'histoire insolite d'Odette, une jeune danseuse dont l'enfance a été volée et qui se bat pour se reconstruire. 

A travers une galerie de personnages joués avec une immense finesse entre rires et émotions, les mots et la danse s'entremêlent et permettent à Andréa Bescond d'emmener le spectateur dans un grand huit émotionnel dont il ne sortira pas indemne.


Avignon 2014.
J'entends beaucoup parle des Chatouilles, coup de coeur, découverte, à ne pas rater... Je n'y vais pas, j'ai peur du sujet, la pédophilie, pas envie.
Il m'est très facile de nourrir ma soif de théâtre en allant voir autre chose, les propositions ne manquent pas. 
J'oublie. 
Le temps passe.

Avignon 2015.
Le même refrain, entêtant, présent : Les Chatouilles sont de retour et c'est à ne pas rater. J'ai toujours peur du sujet, mais la curiosité gagne. J'y vais.

Comment vous en parler?
Ce spectacle me laisse sans voix. 

De toutes les réactions que je m'imaginais avoir avant le spectacle (peur, tristesse, dégoût, révolte, violence, colère, déni, découragement...) il ne me reste que le goût si particulier de la vie, à chérir, à savourer, et une gratitude débordante pour Andréa Bescond d'avoir osé porter et incarner son histoire à la scène.

Il fallait une intelligence rare pour nous embarquer dans cette plongée intime et réussir un tel numéro d'équilibriste entre rire et larmes, fil ténu si bien tendu par la comédienne et son metteur en scène Eric Métayer. 
 
Pas de ficelles, pas de gros sabots : la sincérité, l'énergie, la grâce et l'humour d'Andréa balaient tout sur leur passage. 
D'un chemin sombre et tortueux, éclaireuse de génie, incarnant tour à tour ses démons et ses anges, Andréa exorcise son histoire et nos propres peurs.

De mon fauteuil de spectatrice, je me sens bien vivante, et j'ai envie de lui danser merci.



Au Théâtre du Petit Montparnasse à partir du 14 janvier 2016
Du mardi au samedi à 21h, matinée le samedi à 16h30
Réservations ici ou

 





vendredi 4 décembre 2015

Lettre ouverte à Laurent Wauquiez

Il y a quelques jours Laurent tu as fait une déclaration fantaisiste.

Oui je te tutoie Laurent, parce que je ne parle pas à l'adulte que tu es devenu, mais à l'enfant que tu fus, et qui se cache encore quelque part, loin, très loin, juste à côté de ce truc qui bat et te maintient en vie, oui, ton coeur, Laurent. Celui que tu voudrais bien ne limiter qu'à sa fonction biologique. 

Seulement voilà Laurent, si tu t'étais rendu, comme moi ce soir, à l'Espace Chapiteau de La Villette pour voir Il n'est pas encore minuit... de la Compagnie XY, ou dans n'importe quelle autre salle de spectacle, tu ne pourrais pas dire des conneries pareilles.
Oui Laurent, je m'énerve, parce que quand je vois une personne aussi déconnectée d'elle-même, et de ce qui nous rend vivants, humains, frères et soeurs en somme, j'ai envie de hurler mon désespoir, comment, mais comment as tu pu en arriver là?
Que nos jeunesses en souffrance n'aient pas accès à l'art sous ses multiples formes, et que peut-être cette échappatoire-là puisse changer le monde, ou en tous cas y contribuer, et les ramener à eux et à leurs enfants intérieurs, c'est pour moi une certitude.

Mais que toi, TOI, avec ton parcours intellectuel, ton beau cerveau cultivé, ton compte en banque bien confortable, tes soirées mondaines passées en "représentation" dans les salles de spectacle de ta région et d'ailleurs, TOI, tu puisses prononcer délibérément l'arrêt de mort de professions que tu juges fantaisistes... ça me laisse sans voix. N'as-tu donc jamais été touché? emporté? ébahi? ému par un spectacle de cirque ou de marionnettes? Vraiment?
Et ce moment-là ne vaut-il pas que des jeunes puissent le vivre aussi, voire même, j'ose le dire, en faire un métier?

Tu sais quoi Laurent? Ne me dis pas que tu n'as vu que de mauvais spectacles, ça je n'y crois pas. Mais je pense que, comme ces jeunes en souffrance, toi, et tes camarades de la classe politique, vous avez un sérieux besoin de reconnexion intérieure, que vous aussi vous êtes sortis de la route, et que vous foncez droit dans le mur.
Seulement Laurent, vous, forts de ces votes que nous vous donnons bien malgré nous, souvent par défaut, et que vous prenez pour une absolution totale de toutes les conneries que vous pourrez mettre en place, vous nous entraînez dans votre sillage. Et moi Laurent, je ne veux pas te suivre. Et je ne suis pas seule.

Mais je te fais une proposition Laurent, parce que je crois en toi comme en n'importe quel autre être doté d'un coeur : je t'invite à venir voir la Compagnie XY à La Villette, c'est jusqu'au 27 décembre, tu trouveras bien un créneau non?
C'est moi qui régale.
Je veux dire, c'est quand même plus sympa de se sentir vivant suite à un spectacle qu'à un massage cardiaque? Alors avant d'en arriver à l'électrochoc Laurent, pose donc ton costume d'homme politique, et viens. 
Viens te sentir vivant. 
Tu verras, c'est juste un bon moment à passer.

mardi 24 novembre 2015

Le petit poilu illustré - Sacrée révision

Paul et Ferdinand, deux poilus, anciennement artistes de cabaret, reviennent de l’au-delà pour raconter la guerre... 

Entre humour, burlesque et poésie, ils rejoueront pour nous les grands chapitres de l’Histoire.

Parmi les nombreux spectacles créés l'an dernier pour l'anniversaire de la Grande Guerre se cachait une pépite.
Me voilà bien heureuse d'avoir été en rattrapage cet été lors du Festival Off d'Avignon, et doublement ravie de voir que ce bijou est programmé par l'Essaïon Théâtre : vous allez donc aussi pouvoir vous rafraîchir la mémoire!

L'idée est originale et intrigante : on va nous raconter 14-18 à travers le prisme de deux poilus, clowns, avec pour seul décor une chambre d'enfant.
Quoi, associer le rire à la guerre et à l'enfance? Vraiment?

Vraiment. 
Evident même, tant la partition est jouée avec candeur, justesse, et enthousiasme par deux comédiens de grand talent : Alexandre Letondeur et Romain Puyuelo.
Ces deux personnages incarnant tour à tour la bêtise, la joie, le désespoir, la peur nous permettent, avec le détachement qui s'impose, de replonger dans une période noire, d'en (ré)apprendre les enjeux, le déroulé, et de refaire ce chemin d'apprentissage, de deuil et de reconnaissance.

Evident à nouveau quant à l'intelligence malicieuse de la mise en scène (Ned Grujic) : le champ de bataille dans une salle de jeux, les jouets prenant vie et dénonçant par là même l'absurdité de l'histoire. Jouer à la guerre.

Je garderai longtemps en tête la dernière image du spectacle, émue aux larmes, reconnaissante pour ce cours d'histoire unique, vivant et nécessaire.

Un spectacle qui devrait être obligatoire dans les écoles, mais pas que.

Chapeau bas!
Du 3 octobre au 26 mars
-       2015 : les samedis 3 et 10 oct, les 7, 14 et 28 nov à 17h30
-       2016 : les samedis 9, 23 et 30 jan, les 6 et 13 fév, les 19 et 26 mars à 17h30
Tarif plein : 12 €
Tarif réduit* : 10 €
* pour les moins de 26 ans, étudiants, plus de 65 ans, habitants du 4ème arrondissement, demandeurs d'emploi, intermittents du spectacle, associations et groupes de 10 personnes minimum, sur présentation d'un justificatif




lundi 23 novembre 2015

Phone tag - Ne raccrochez pas

Donald et Christy s'aiment. 
Elle vit à Londres, lui à New-York. 
Il décide de la surprendre et s'envole vers l'Angleterre pour le week-end. Malheureusement, elle a précisément choisi le même moment pour le rejoindre... 
Une troupe de comédiens tente le pari fou d'adapter en direct pour la scène cette pièce radiophonique qui ne repose que sur des messages et échanges téléphoniques, grâce à tous les moyens imaginables : musique, vidéo, perruques, bruitages...Elle est guidée dans ses efforts par un répondeur capricieux... 
  Les temps changent, notre façon de sortir aussi!
Avant on allait au théâtre habillé sur son 31, on en profitait pour se faire un dîner souvent bien arrosé avant, que l'on digérait joyeusement sur son fauteuil en s'assoupissant une fois sur deux, que voulez-vous la journée de boulot fut longue...
Mais ça, c'était avant. Les théâtres parisiens nous proposent depuis quelques années ce que l'apéro dînatoire est au repas de famille : la pièce de 19h. Une mise en bouche alléchante qui vient vous réveiller les papilles, satisfaire votre faim et vous permet de vous coucher ni trop tard ni trop ivre. Ajoutons à cela que cette sortie vous fait une bonne raison de partir du bureau à une heure saine, et vous aurez gagné votre soirée!
Phone tag fait partie de ces pièces pétillantes qui vous titillent le cerveau et les zygomatiques : la Compagnie des Aléas fait preuve d'une inventivité rafraîchissante pour adapter cette pièce radiophonique. 
Dans des décors modulables en carton (simple mais redoutablement efficace, il fallait y penser!) les comédiens jouent les caméléons avec une malice communicative pour incarner tous les personnages de cette histoire rocambolesque. Rythmé, décalé, voilà un spectacle qui démontre qu'avec peu de moyens et beaucoup d'imagination on voyage tout aussi bien. 
Embarquez donc pour cette escale théâtrale : entre jetlag et gags en cascade, vous ne verrez pas le temps passer, et réaliserez, comblés, que vous avez encore le temps pour un bon dîner!
Jusqu'au 3 janvier 2016, les vendredis, samedis et dimanches à 19h au Théâtre des Béliers Parisiens
Mise en scène : Adrienne Ollé 
Avec : Pierre-Edouard Bellanca, Laura Chétrit, Aurélien Gouas, Pierre Khorsand, Léa Marie-Saint Germain, Arnaud Perron (en alternance)

mardi 17 novembre 2015

Le No Show - plus qu'un spectacle

Ils sont inventifs, effrontément jeunes (et québécois). 
Ils vous entraînent, avec humour, impertinence et accent dans un happening théâtral hors du commun, pour faire voler en éclat quelques tabous du monde du spectacle, dont celui de l’argent. En parlant d’argent, c’est vous qui devrez choisir entre six tarifs… et ceci n’est que la première décision que vous aurez à prendre, car à vrai dire, c’est vous qui déterminerez ce que sera le NoShow. Mais quoi qu’il advienne le ton sera à la fête, au partage, aux jeux !

Le No Show, comme son nom l'indique, n'est pas un spectacle. 
Pas vraiment.
Et pourtant vous allez passer une soirée mémorable.

Le No Show, c'est une aventure qui va s'écrire entre spectateurs et comédiens, qui vous mènera du rire aux larmes, de la tension au soulagement, de la colère à l'espoir, de l'adulte à l'enfant.

Le No Show je ne veux pas vous le décrire, je ne peux que vous inviter à le vivre. 

Le No Show, né de la rencontre du Collectif Nous sommes ici et du Théâtre Dubunker au Québec, a traversé l'Atlantique pour être joué au Théâtre Paris Villette
Il mérite bien qu'on traverse Paris pour s'y rendre.
Encore plus ces temps-ci.

Le No Show, j'ai même décidé d'y retourner ce soir. 
#Noshowmustgoon

Au Théâtre Paris Villette 
Du 11 au 28 novembre 2015
Réservations ici
 

mardi 22 septembre 2015

Les Feluettes - un spectacle habité

Québec, 1952.


Huit prisonniers, sous la direction du vieux Simon, séquestrent l'évêque Jean Bilodeau. 

Rejouant sous ses yeux des événements tragiques ayant eu lieu 40 ans plus tôt, afin de lui faire avouer les véritables circonstances du drame violent pour lequel Simon fut injustement condamné.


Voilà une pièce qui ne laisse pas indifférent.

Ce texte fort, rugueux, traversé par des éclairs de grâce, vient chercher un écho dans le spectateur, qui assiste impuissant au drame se rejouant sous ses yeux.
Oui, il s'agit bien d'une histoire d'amour entre deux jeunes hommes, Simon et Vallier de Tilly. De la beauté de ce sentiment naissant, fragile, et de la cruauté d'un monde qui, le jugeant nuisible, fera tout pour l'anéantir.


Michel Marc Bouchard crée ici une galerie de caractères tortueux, imparfaits, se débattant face à leurs propres démons, choisissant la fuite, le silence, la folie, la violence, la trahison... L'auteur réussit la gageure de nous rendre chacun attachant selon l'éclairage : magnifiques portraits tracés en clair obscur par un auteur qui ne juge pas ses personnages.

 Une troupe 100% masculine défend cette histoire avec une énergie et une intensité remarquables, jusque dans l'incarnation de personnages féminins d'une justesse désarmante.

La mise en scène épurée, inventive, met en valeur les coeurs et les corps dans ce drame implacable qui vous saisira dès l'entrée dans la salle jusqu'au dernier sanglot.

Non, Les Feluettes ne laisse pas indifférent.
Oeuvre brute, incandescente, elle est de ces pièces qui vous étourdissent et qui vous changent.


Une pièce de Michel Marc Bouchard
Mise en scène par Olivier Sanquer
Avec Axel Arnault, Hubert Bolduc, Nicolas Dionne-Simard, Simon Guirriec, Rouslan Kats, Jean-Baptiste Lortion, Geoffroy Mathieu, Laurent Mère, Maxime Peyron, Sébastien Pruvost, Denis Rolland, Amric Trudel.

Date unique le 7 juin 2016 à 20h 
au Vingtième Théâtre, 7 rue des platriètres 75020 (Métos Ménilmontant ou Gambetta)
Tarifs : plein 21€, réduit 16€
Infos/Réservations au 01 48 65 97 90
www.lesfeluettes.fr


samedi 19 septembre 2015

Fausse moustache - un vrai régal

Quel est le point commun entre un maire de province accroché à son mandat, un couple d'amoureux à la recherche de faux papiers, un mariage gay, un adjoint au maire débauché et une opposition politique prête à tout pour faire tomber le pouvoir en place?
Une troupe de huit comédiens-chanteurs nous emmène dans une histoire abracadabrante, un tourbillon de quiproquos, de chassés-croisés, de coups de théâtre et de coups de sang, où dialogues acérés et chansons endiablées sont au rendez-vous.

Amateurs de vraies comédies musicales, tendez l'oreille : cette Fausse Moustache est un vrai régal!

Ecrit, composé et mis en scène par le talentueux Raphaël Callandreau (dont je vous parlais déjà pour Naturellement belle), ce spectacle ravit par sa simplicité, sa malice et son formidable casting.

Simple car les comédiens chantent sans micro seulement accompagnés d'un piano : idéal pour apprécier les timbres, harmonies et autres subtilités vocales qui participent à la richesse de ce spectacle.

Sans compter un décor minimaliste et inventif, parfois source de clins d'oeils hilarants.


Malicieux, car cette histoire rocambolesque vient traiter de questions d'actualité récentes (mariage pour tous, clandestins, corruption) avec humour, justesse et  un culot salvateur : saluons ici le livret savoureux, qui méritera sûrement une deuxième écoute...


Il fallait pour incarner avec aplomb ces personnages hauts en couleur une distribution à la hauteur : Emmanuelle N'Zuzi et Karim Camara sont attendrissants à souhait en jeunes amoureux, Thierry Bilisko et Zacharie Saal s'en donnent à coeur joie (communicative!) dans leur duo de politiciens véreux, Alexia Rey incarne la concurrente frustrée de gauche avec brio, Barbara Belletti vous fera rugir de plaisir, quant à Julie Autissier et Emilie Chevrillon, leur complicité n'est pas sans rappeler Catherine et Liliane...
Le tout sur des chorégraphies de Cathy Arondel qui font merveille sur la scène.

Non, vraiment, il n'y a plus à hésiter : prenez donc billet pour cette petite ville de province et passez une soirée enchantée !

"Et la fausse moustache, dans tout ça?" me direz-vous... hé bien, on ne va pas vous vendre la mèche!


Date exceptionnelle le lundi 13 juin 2016 à 20h30
Théâtre Trévise, rue de Trévise 75009 Paris (M° Cadet ou Grands Boulevards)

Tarif plein : 20€
Tarif réduit : 15€ (étudiants, chômeurs, - de 25 ans, personnes handicapées)
Réservations : fmcm2015@gmail.com ou BilletReduc